fuckyeahphilippedumez


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Sep 18, 2014
@ 8:55 am
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9 notes

Il m’a dit que le toit de l’Élysée Montmartre était tombé la semaine dernière et qu’il ne restait plus maintenant que les murs - et encore, trois murs sur quatre. Il m’a dit que c’est l’équipe du Trianon qui a racheté la salle et qu’elle resterait une salle de spectacle après la reconstruction. Il m’a dit que, quand l’Élysée Montmartre avait ouvert à la fin du XIXème siècle, il faisait à l’époque concurrence au Moulin Rouge, et quand il avait été repris par Garance Productions un siècle plus tard, c’est cette fois-ci à la Cigale qu’il faisait de l’ombre. Il m’a dit que le lieu avait successivement été un jardin, puis une patinoire et une salle de catch. Il m’a expliqué que quand l’enceinte avait été construite, la structure était à l’origine en plâtre, et que la charpente métallique a été rajoutée par la suite - il s’agissait de celle qu’Eiffel avait réalisée pour le Pavillon de France à l’occasion de l’Exposition Universelle. Il m’a confirmé que l’architecture de l’Élysée Montmartre n’avait donc pas été dessinée par Eiffel comme on a pu le croire ou le faire croire à un moment. Il m’a remémoré le nom de quelques artistes qui s’étaient produits avant que la scène ne change de place : j’ai retenu Snakefinger, Tuxedomoon. J’ai essayé de me souvenir des premiers concerts que j’avais vus à l’Élysée Montmartre : The Jesus & Mary Chain à la sortie de “Automatic”, Anne Clark, Jad Wio, Clan of Xymox… Il m’a rappelé que le premier concert de The Jesus & Mary Chain avait eu lieu aux Bains Douches et qu’il avait duré moins de 20 minutes. Il m’a confié que, quand il avait vu le groupe sortir de scène, il avait pensé à un problème technique - ce n’est qu’au bout de longues minutes, ne les voyant pas revenir, qu’il avait compris que c’était bel et bien terminé. Il m’a dit que c’était le concert le plus court qu’il avait vu de sa vie. Je n’avais pas mieux à lui proposer.


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Sep 17, 2014
@ 8:22 am
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8 notes

Book Off Session #5 : Sébastien

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Je connais Sébastien depuis une quinzaine d’années et je me rends compte, à l’aube de cette nouvelle Book Off session, que nous n’avons jamais échangé au sujet de nos lectures. Sébastien est par ailleurs une des premières personnes à m’avoir mentionné de l’existence de Book Off : il paraissait donc un candidat désigné pour passer sur le grill. Je l’ai retrouvé sur l’heure du déjeuner, et nous sommes parvenus à enchainer dans le temps imparti sélection, explications et restauration. Sébastien est le premier invité de cette rubrique à n’avoir choisi… que des livres qu’il n’avait pas lus !

Jacques Abeille : Les Jardins statuaires (Éditions Attila)

(Sébastien) Un éditeur qui réédite des auteurs oubliés. J’imagine que ceux qui sont à l’origine de cette initiative sont des lecteurs compulsifs qui sont passés à l’acte - exactement comme on peut avoir envie de lancer un label indépendant après avoir découvert “le futur de la musique”. Le genre de démarche que j’ai toujours envie d’encourager.

Comment en as-tu entendu parler ?

En lisant Chronic’art. C’est un magazine auquel je me fie parce qu’il considère la science-fiction comme un genre à part, au point de lui consacrer une page tous les mois. J’en ai beaucoup lu étant adolescent et je cherche à découvrir les Philip K. Dick d’aujourd’hui. Lire, c’est certainement l’activité humaine que je pratique depuis le plus longtemps. J’ai terminé le premier “Bibliothèque rose” qu’on m’a offert dans la journée, un mini-exploit qui m’avait valu les compliments des adultes. L’histoire était prenante, je n’arrivais pas à le lâcher des mains.

Tu te souviens de ce que c’était ?

‘Picsou fait le tour du monde” (rires).

Haruo Umezaki : Hallucinations (Éditions du Rocher)

Un livre d’un éditeur qui a publié aussi bien Nabe que de Limonov. Je l’ai choisi parce que le nom de l’auteur est japonais. Je ne me décide jamais en piochant une phrase au hasard à l’intérieur, c’est beaucoup plus instinctif : une couverture, le nom d’un éditeur… Après le bac, je me suis retrouvé livré à moi-même et j’ai beaucoup lu pour penser à autre chose - notamment des auteurs asiatiques. J’adhérais au côté romantique de Mishima : le coup d’état raté, le suicide… et j’ai avalé tout le cycle intitulé “La mer de la fertilité.” Quand j’étais inscrit en “langues orientales”, j’ai suivi un cycle de vietnamien et j’ai commencé à lire des livres de contes. J’ai découvert une romancière vraiment au-dessus du lot : Duong Thu Huong. Elle a mené bataille contre les Américains et les Français et eu un regard très critique sur le Vietnam d’après la réunification, alors que ce pays était censé être un paradis. Je suis très fier d’avoir réussi à faire lire un de ses ouvrages, “Itinéraire d’enfance”, à ma mère qui est d’origine vietnamienne.

Jean-Bernard Pouy : Sous le vent (JC Lattès)

Un personnage qui m’est très sympathique, au-delà du côté graphomane averti. Ni le fond, ni la forme ne changent d’un roman à l’autre. Mais je ne suis pas lassé de la formule. Je l’écoute tous les dimanches dans “Les Papous dans la tête” sur France Culture.

Tu lis beaucoup  ?

Au moins un livre par semaine. Pouy, je peux en lire un dans la journée. J’habite en banlieue, j’ai deux heures de trajet quotidien. Au pied de mon lit, j’ai toujours plusieurs bouquins entamés. Lire plusieurs livres en même temps, c’est un défi qui remonte à l’adolescence, comme lire en marchant, ou lire en commençant par la dernière phrase. Quand j’ai découvert Jules Vernes, j’ai souvent sauté les premiers chapitres parce que je trouvais la mise en place du décor et des personnages laborieuse. Quand on est passionné par la lecture, il ne faut pas respecter de règles : c’est le propre des mauvais lecteurs que de sacraliser l’objet. Lire chez moi est souvent associé à un lieu. J’ai un livret de trajet et un livre de chevet. Je ne lis pas aux toilettes par contre. Je n’ai pas de “livre d’été”, ce phénomène m’agace. Pour la peine, je n’ai emprunté que de la science-fiction à la bibliothèque…

Tu empruntes beaucoup ?

Je n’ai pas de scrupules à le faire. C’est une habitude que j’ai prise vers 7 ou 8 ans. Même si j’achète plus que je n’emprunte, j’essaie de limiter le nombre de livres à domicile. Surtout que mes enfants sont également partis pour être de grands lecteurs…

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Rick Bass : Oil Notes (Christian Bourgeois Editeur)

Encore un livre que je n’ai pas lu… mais que j’ai choisi sur la foi du traducteur, Philippe Garnier. J’ai notamment découvert Harry Crews grâce à un article qu’il lui avait consacré dans la version mensuelle des Inrocks. Ça doit être mon coté snob, mais j’ai toujours plus de curiosité pour des auteurs étrangers que pour des auteurs français. Ce qui fait que je découvre tardivement des chefs d’œuvre comme ceux de Flaubert, Balzac, Proust… Un continent qui me reste à explorer pour les quarante années à venir.

Giovanni Papini : La vie de personne (Allia)

Je suis un amoureux des petits formats. J’ai dû choper le virus en lisant Mickey Parade et Mickey Poche (rires). “Small is beautiful”. Celui-ci me fait revenir sur ce que j’ai dit plus tôt, étant donné que j’ai lu une ou deux lignes dans la librairie avant de le choisir. J’aime bien cette collection éditée par Allia, tu peux la glisser dans la poche de ta veste. J’ai toujours un livre et un magazine sur moi. Ce qui ne m’empêche pas d’acheter régulièrement le journal avant de monter dans le RER. Ça devient compulsif ! (rires). Ça me fait penser à cette rubrique qui était publiée dans “Selection du Reader’s Digest” et qui conseillait aux lectrices d’avoir toujours un tricot dans leur sac ou du papier à lettres afin d’optimiser leurs pauses. J’étais assez friand des histoires “basées sur des faits authentiques” publiés dans cette revue, avec des résumés toujours saisissants comme “il s’évade du goulag et traverse le désert en rampant” (rires). C’est la seule entorse au réel que le grand lecteur de fiction que je suis se soit autorisée.


Vidéo

Sep 16, 2014
@ 8:16 am
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4 notes

Si tu cherches à effacer au complet Damien Robitaille de ton iPod, suis ce tutoriel.


Texte

Sep 15, 2014
@ 8:34 am
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11 notes

J’ai vendu ma valise à un Roumain

J’aimerais bien qu’on m’enlève de la tête ce neurone qui me fait systématiquement racheter tout ce dont je me suis débarrassé il y a 15 ans.

Plutôt que de m’appesantir sur les raisons qui m’ont fait acheter cette valise remplie de Pif Gadget sur un vide-grenier, je préfère revenir sur les conditions. C’était une ville assez éloignée de Paris en RER. C’était le stand le plus loin de la gare. C’était une valise qui avait au moins l’âge des numéros de Pif Gadget. Le vendeur l’avait ceinturée d’une sangle afin qu’elle m’abandonne pas en route. Je l’ai portée à bout de bras et je crois que j’ai dû m’arrêter tous les 100 mètres pour souffler. Un vrai calvaire. Sans la perspective de me délecter à nouveau des aventures de Supermatou par Poirier, je crois que j’aurai été incapable d’accomplir un pareil exploit.

Sitôt que j’ai eu feuilleté tous les numéros, j’ai refermé la valise et je l’ai condamné à l’oubli dans lequel je l’avais trouvée. A l’occasion d’une purge d’ampleur stalinienne, je décidais de m’en débarrasser en la proposant aux enchères sur internet – il me semble que c’était sur iBazar à l’époque. Je précisais que vu le caractère encombrant de l’objet, je ne ferais pas d’expédition : l’acheteur devrait venir la retirer à domicile.

Cette réserve ne devait pas suffire à décourager un enchérisseur qui se porta volontaire. Il n’habitait pas sur Paris, mais devait y venir prochainement et s’engageait, à cette occasion, à venir enlever le stock remporté. J’étais ravi.

Quelques semaines plus tard, il m’informait qu’il venait sur Paris pour acheter une voiture et passerait chez moi dans la foulée. Voyant l’heure du rendez-vous filer, je l’appelais pour vérifier qu’il ne soit pas perdu. Un problème de GPS, prétextait-il, qui n’arrivait pas à trouver ma rue. Je lui précisais à nouveau mes coordonnées. Ce n’est qu’une heure plus tard qu’il sonna à ma porte. J’eus la surprise de découvrir que c’était un ogre. Un vrai. Le cousin de Lou Ferrigno. Le meilleur copain de Richard Kiel, le méchant des « James Bond ». J’ai bien cru qu’il allait me manger tout cru.

Mais la montagne de muscles cachait un cœur tendre. J’avais bien noté un accent lors de nos conversations téléphoniques : il me confiait qu’il était Roumain et que Pif Gadget lui rappelait son enfance puisque, édité par le parti communiste français, le magazine était largement diffusé à Bucarest. C’était même dans ses pages qu’il avait appris le français et il lui tenait à cœur de le faire découvrir à son tour à ses enfants.

Sitôt la transaction effectuée, je le vis repartir avec ma collection sous le bras. Je pense que pour lui, elle ne devait pas peser plus qu’un oreiller en plumes. J’espère que la voiture a tenu le coup jusqu’à son domicile. Parce que la valise, je n’en étais pas sûr.

(Cette histoire est un hommage à J’ai vendu ma bagnole à un Polonais, de Pierre Gagnon - éditions Autrement).


Diaporama

Sep 14, 2014
@ 9:09 am
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8 notes

- Le textile et le football. L’usine en haut, le football en bas. L’usine pour l’argent, le stade pour l’honneur. Pendant qu’une saine jeunesse brandit des calicots, elle ne brandit pas de pancartes.


Diaporama

Sep 13, 2014
@ 9:19 am
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11 notes

- Tout ça a bien changé. L’expansion, mon vieux. On vit à l’heure américaine. Il n’y a pas que la ville qui a changé. Les gens aussi. Tu ne vas plus rien reconnaitre mon pauvre François. Tiens, même moi, si je reste six mois sans aller dans un quartier, je ne m’y retrouve plus. Ça pousse tous les jours. Si je te disais que la population a presque doublé…


Texte

Sep 12, 2014
@ 8:43 am
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iloveyougeorgiahubley:

Parfois je suis tenté d’appeler la personne à laquelle a été attribué mon ancien numéro de téléphone pour savoir si elle en est satisfaite. Il faut dire qu’il était facile à retenir, avec plein des chiffres pairs qui se répétaient. Il était vraiment bien ce numéro. En fait, je ne devrais pas l’appeler car je finirais par lui demander de me le rendre.

Mes billets les moins lus sont souvent ceux que j’ai préféré écrire.


Citation

Sep 11, 2014
@ 8:56 am
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13 notes

On ne se fait plus d’amis après trente ans. Il manque un socle, celui des moments mis au pot commun. L’amitié, c’est le temps partagé. Sur un banc, au cinéma, en se saoulant, en dessaoulant, dans des repas interminables et avec un café bu sur le pouce, lors de conversations qui ne finissent plus et de silences doux comme une caresse. L’amitié, c’est le silence partagé qui renoue instantanément les fils. Après trente ans, il faut trouver des interfaces, des intermédiaires, des chemins de connivence qui nous permettent de pallier tout ce qu’on ne saura jamais de l’autre. Il faut gagner ce temps que l’on a plus, se mettre d’accord sur un langage commun. Après trente ans, ce ne sont que des solitudes qui se rencontrent et qui échangent les trois sous piochés au fond d’une poche.

Christian Authier in Enterrement de vie de garçon (Stock)


Vidéo

Sep 10, 2014
@ 8:22 am
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5 notes

Je vais laisser la fenêtre Youtube ouverte toute la journée dès fois que Cléa ait envie de monter boire un Coca Light.


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Sep 9, 2014
@ 7:57 am
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16 notes

Elle m’a dit qu’elle avait fait la queue pendant six heures et demie pour acheter des tirages de Larry Clarke. Elle m’a précisé qu’une fois rentrée au Silencio, elle n’avait eu que dix minutes montre en main pour se décider parmi les milliers de clichés proposés à la vente au tarif de 100 euros pièce. Elle m’a dit qu’elle en avait acheté en tout quatre : deux pour elle et deux pour offrir. Elle m’a confié que, même si elle était contente des photos qu’elle avait réussi à acheter, elle était jalouse d’un tirage qui avait été vendu sous ses yeux. Elle m’a dit qu’elle était arrivée sous le coup de midi, qu’elle avait sympathisé avec des curieux qui faisaient comme elle la queue et que le temps lui avait semblé moins long. Elle m’a dit que c’était la première fois qu’elle mettait les pieds au Silencio. Elle m’a dit que Larry Clarke avait spécifié que les titulaires de la carte de l’établissement ne bénéficieraient d’aucun privilège. Elle m’a confié que sur les 6.000 tirages proposés à la vente, 4.000 avaient déjà trouvé preneurs. Elle m’a dit que Larry Clarke avait déjà organisé la même dispersion dans d’autres villes et qu’elle soupçonnait qu’au delà de la démarche se dessine une promotion gratuite pour son prochain film. Elle m’a dit qu’elle était mère d’une petite fille de 3 ans et qu’elle avait pensé à elle en achetant ces photos, à la valeur qu’elles pourraient prendre plus tard. Elle m’a dit qu’elle avait fait partie du dernier groupe à pouvoir pénétrer dans la salle avant l’arrêt de la vente et qu’elle se sentait désolée pour ceux qui, derrière elle, avaient fait la queue pour rien. Elle m’a confié que, même si elle s’était trouvée parmi eux, elle en aurait pris son parti et que de toute façon on n’avait qu’une vie. Je lui ai raconté qu’avant l’été, je n’avais pas dû faire la queue pour acheter au tarif d’un euro pièce des photos d’anonymes dans une galerie éphémère située en face de la Cigale mais que, devant l’infinité du stock disponible, j’avais éprouvé le même mélange d’excitation et de désarroi.