novembre 2010
28 billets
Abordé par deux lecteurs à la sortie du concert, je me livre sans rechigner à la traditionnelle photo de l’amitié. Jusqu’à ce que je me rende compte que les deux compères sont cuits et que la seule chose qui les intéresse, c’est ma pilosité vu qu’ils sont tous les deux imberbes. Finalement, mon quart d’heure Warholien aura duré moins de deux minutes. Signe qu’il...
Agenouillé devant la scène, vêtu du t-shirt qu’il vient d’acheter au stand de merchandising, je me disais que, sur le papier, rien ne différencie un adepte de Swans d’un fan de Johnny Hallyday.
Il y a un trou dans la manche de mon pull. J’ai dû grandir du coude depuis l’an dernier.
Elle retenait le bas de son manteau en arrière avec ses mains, à la manière d’une super-héroïne. Arrivée en haut des escaliers mécaniques, elle avait disparue. Envolée, sans doute.
Le chauffeur disait : “avec Deezer, je peux lire mes playlists à la fois sur mon téléphone et sur mon iPad, pourquoi voudriez-vous que j’achète encore des disques ?” et j’avais envie de lui répondre : “j’ai un passe Navigo Intégrale, pourquoi voudriez-vous que je prenne aussi le taxi ?”.
L’annonce comportait juste un commentaire qui disait : “bon produit, mais un gros défaut, pas de rétro-éclairage. Impossible à utiliser de nuit, sans lumière”. Je suis remonté en haut de la page et j’ai vérifié qu’on parlait bien d’un téléphone fixe.
Il a insisté pour qu’on le lui note, expliquant qu’il n’avait pas de mémoire. Il a rangé le pense-bête au fond de sa poche, et je me disais que, de toute façon, il y avait également très peu de chances pour qu’il se souvienne qu’il l’avait rangé là.
L’horloger m’a fait remarquer avec amusement que j’en avais un tout petit, et il retourné dans son cagibi faire quelques trous supplémentaires dans le bracelet de ma montre. Le coup du petit poignet, on ne me l’avait jamais fait celui-là.
Il a pris la peine de m’envoyer un message pour me demander de ne pas prendre mal le fait que nous n’étions plus liés sur Facebook, et cette éviction virtuelle était infiniment plus sympathique que bien des demandes d’amitié anonymes.
Se tromper de sens. Se faire mal en essayant d’extirper la pièce litigieuse. S’escrimer. Être gêné par l’emballage en carton. Pester. Rayer le battant droit sans faire attention. Sentir les premières douleurs à force d’être à quatre pattes par terre. Jurer. Recommencer. Ikea, en suédois, ça veut aussi dire Jetedéteste.
Suivre le sens de la visite même si on sait déjà où aller. Pénétrer dans des appartements sans y avoir été invité. Ouvrir les tiroirs, s’affaler sur le canapé, feuilleter des livres en suédois. Descendre au rez-de-chaussée, et s’initier à des nouveaux plaisirs : s’encombrer d’ustensiles de cuisine, peloter des tapis et chercher des ampoules halogènes destinée aux...
J’adore mettre un disque dans une pièce et m’en aller. L’oublier un moment, puis le remarquer par hasard. L’écouter d’une oreille. Le laisser lentement reprendre du terrain jusqu’à ce que mon attention lui soit entièrement consacrée. C’est vrai qu’il n’est pas mal ce disque. Mais qu’est-ce que c’était déjà ?
Je l’entendais expliquer qu’il l’avait fait tomber dans le verre d’eau posé sur sa table de nuit : malgré leur nom, les smartphones ne rendent pas moins bêtes.
En fait, il y a pire que les conversations téléphoniques dans les transports en commun : il y a les gens qui racontent leurs conversations téléphoniques dans les transports en commun.
Il m’a écrit : “déjeuner avec toi serait une oasis au milieu de cette journée qui promet d’être morne”, et j’ai décidé que, désormais, je ne me déplacerai pas pour moins que ça.
Chaque fois que je fais tourner la clé dans la serrure, je ne peux pas m’empêcher de penser que le grand capharnaüm qui avait lieu en mon absence s’est enfin tu, et que chaque objet a repris sa place. Il me semble même entendre le lointain écho d’une sarabande dont je ne serai jamais le témoin.
Je vous ai cherchées tout l’été. Et puis, sitôt les premières feuilles tombées, vous êtes réapparues. Six mois de placard n’avaient pas entamé ni votre souplesse, ni votre superbe. Je me réjouis de passer l’hiver en votre compagnie. Mais s’il vous plait, ne disparaissez pas trop vite sous des pantalons trop longs.
Au bas de l’escalier, une femme attendait que quelqu’un l’aide à monter son caddie. En haut de l’escalier, un métro, et deux stations plus loin, un train qui n’allait pas patienter le temps que je fasse mon bon samaritain. J’ai pris mes jambes à mon cou. Je me ferai cinq poussettes la semaine prochaine en pénitence.
Chaque fois que je vois quelqu’un feuilleter L’Officiel des spectacles, j’ai envie de lui demander si son minitel est en panne.
La seconde date à Paris, c’est un carrefour sociologiquement passionnant : on y croise une brochette de m’as-tu vu qui suffiraient presque à vous gâcher la soirée. On y trouve même Philippe Dumez, c’est dire.
L’affiche disait : “la rencontre au sommet (d’une montagne) des Beach Boys et d’Arcade Fire”, et j’espérais que la montagne n’accouche pas une fois encore d’une souris.