juin 2010
28 billets
Je le vois tous les matins faire les cent pas sur le trottoir, regardant fixement en direction de la cité Joly. Je ne sais pas ce qu’il attend, s’il a rendez-vous ou s’il est fou. Mais ce qui m’intrigue le plus, c’est ce qu’il fait avec un sac de chez Parallèles à la main.
Qu’il me refile sans prévenir son insupportable rejeton toute l’après-midi, passe encore. Qu’il sirote mon Pepsi Light assis dans mon fauteuil, passe encore. Par contre, parler house music avec lui, c’était au-dessus de mes forces.
Tous les matins, quand mon ordinateur s’allume, le message suivant s’affiche : “votre mot de passe expirera dans 14 jours, voulez-vous le changer maintenant ?”. Si je réponds négativement, je suis sûr qu’il va me relancer à chaque allumage et jouer avec mes nerfs. Mais si je capitule, je dois choisir un nouveau mot de passe tous les 15 jours, et non plus...
Il m’assommait de tellement de lieux communs que j’avais envie de lui dire : “mangez donc, votre merguez va être froide”.
Il a interrompu la séance pour savoir si le montant en dessous duquel le conseil syndical peut arrêter le choix d’une entreprise et d’un devis concernant les travaux urgents était TTC ou HT, et je me suis demandé si j’assistais à une réunion de copropriétaires ou à l’assemblée annuelle des coupeurs de cheveux en quatre.
Le mercredi matin, comme les enfants n’ont pas école, j’ouvre les yeux un peu avant 9 heures. Ce n’est pas France Info qui m’a sorti du lit et je me réveille dans un monde qui s’est arrêté depuis la veille. C’est presque une journée idéale le mercredi matin. Du coup, j’ai l’impression que les unes des journaux que je finis par apercevoir mentent. Du...
La maitresse de maison, nous voyant redescendre d’un air entendu, nous a demandé ce que nous étions allé faire. A quoi bon avouer que nous étions montés écouter en cachette Maman n’aime pas ma musique de Dick Rivers puisqu’elle ne nous aurait de toute façon pas crue.
Sans avoir été intronisé, sans avoir été coopté, ils m’ont accepté au sein de leur société secrète. Conformément aux usages, je n’ai pas cherché à savoir qui ils étaient, et j’ai pris ma place au milieu de ceux qui font du dos ligne 4 piscine Bertrand Dauvin.
Pour accéder à mon bureau, je monte un petit escalier de 26 marches qui est éclairé par trois lampes murales. Je ne sais pas pourquoi des interrupteurs ont été installés en haut et en bas des marches vu que la lumière reste allumée en permanence. Je ne sais pas non plus pourquoi la lumière est allumée en permanence vu que l’escalier est naturellement éclairé par un vasistas. Chaque fois que...
En ouvrant l’enveloppe de protection pour lire le sommaire, j’ai trouvé le programme des Francofolies, celui de Solidays, celui de Dour, celui des Déferlantes d’Argeles-sur-mer et le Monster CD du mois de juillet 2010. Ce n’est plus Rock & Folk, c’est Pif-Gadget.
Des fantômes ont élu domicile dans mes enceintes de bureau. Alors que toutes les applications (internet compris) sont fermées, j’entends toutes les minutes le bruit d’une porte qui claque suivi d’un écho. Mon PC est hanté et je me demande quel message l’au-delà cherche à me faire passer. Que Windows 95 ne parvient pas à trouver le repos éternel ?
Ils attendent sur le bord du quai que le signal ait fini de retentir pour se précipiter sauvagement à travers les portes, n’ayant aucun scrupule à bousculer un voyageur, ne craignant pas de se luxer une épaule et ou de se fêler une côte. Tout ça pour gagner le laps de temps qui les sépare de la rame suivante. Je les ai vus et je vous le dis : les derniers kamikazes ont trouvé refuge sur...
Sur l’affiche, le coiffeur low-cost met en avant sa promotion : le “coup de boule” à 8 euros. Et même si l’astérisque explique qu’il s’agit d’une coupe à la tondeuse, je ne me vois vraiment pas entrer en demandant : “un coup de boule s’il vous plaît”.
La dernière fois qu’il s’est pointé, je croyais avoir été clair avec lui en le sommant de foutre le camp. Jusqu’à ce qu’il débarque à l’improviste et que je le retrouve samedi matin au beau milieu du salon. A sa façon de prendre ses aises, j’ai vraiment l’impression qu’il est ici chez lui. Il va falloir tout reprendre à zéro. Mon dégât des eaux et...
Le métro que j’avais attendu près de 10 minutes s’est arrêté à Réaumur-Sebastopol, et nous avons été priés d’évacuer la rame. Je ne suis jamais arrivé à libérer le premier Velib’ que j’ai voulu louer et la selle du second n’a pas tenu en place : j’ai été contraint de l’abandonner devant l’église Saint-Ambroise, où j’ai croisé Tanguy....
Le magazine titrait “les rumeurs impubliables”, et j’essayais de me souvenir du nom de cette formule de style que Hugo utilise dans “Demain, dès l’aube…” et qui consiste à parler de quelque chose en commençant par dire qu’on ne le fera pas. Ah oui : une prétérition.
Quand je lui ai demandé s’il avait le nouveau Aude Picault, il a fait une moue dubitative, m’expliquant que la BD girlie, c’était pas trop son truc, q’uil préférait les choses plus trash et il a pu lire sur mon visage qu’il venait de perdre un client.
Le ciel était comme dans un poème de Baudelaire, et j’ai juste eu le temps de me mettre à l’abri sous un porche avant que le déluge ne s’abatte sur le vide-grenier. Mon voisin a engagé la conversation, et j’ai pu apprendre qu’il rentrait du Tibet, qu’il recherchait des montres Lip et qu’il les faisait réparer aux Puces de St Ouen auprès d’un horloger...
Le long de la voie ferrée, je les ai vus : à motifs ou unis, verts ou bleus, petit ou gros, flambants neufs ou crevés. J’ai respecté une minute de silence à la mémoire de tous ces ballons qui étaient passés par-dessus la grille et qui étaient venus mourir près des rails.
Entre le magnétoscope, le four micro-ondes, la pendule du salon et ma montre, j’ai le choix entre quatre heures différentes, et quatre scénarios : un dans lequel je suis très en retard, un dans lequel je suis un peu en retard, un dans lequel je suis à l’heure et un dans lequel je suis en avance. Je choisis tous les matins celui qui m’arrange le mieux et je glisse dans un...
Il y a les stations fantômes, qui n’ont jamais été ouvertes au public : Champs de Mars, Arsenal, Croix-Rouge, Haxo. Et puis il y a Réaumur-Sébastopol, où des êtres enfermés dans des téléviseurs sont condamnés pour l’éternité à vanter les mérites de la formation alternée. J’ai toujours des frissons dans le dos quand j’entends leurs voix résonner dans le silence. Un...
Mon vocabulaire s’appauvrit. Hier encore, j’ai mis 30 secondes à retrouver le terme “galvauder”. Google aurait mis moins de temps que moi. Les moteurs de recherche du début des années 70 commenceraient-ils à fatiguer ?
Après une veste de vieux et une veste de clochard, j’ai acheté une veste de gros, taillée chez Méritet, 34 Bd Magenta à Paris. Je n’arrête pas de me prendre des vestes, allez vous dire. Mais je vous rassure : j’ai bon dos.