juillet 2010
31 billets
Il était assis en face de moi : lunettes à monture épaisse, moustache, chevalière, tatouages dépassant de la chemisette, air sévère, chaussures en cuir au coloris assorti à son pantalon en toile. Nous n’avions absolument rien en commun, et pourtant, l’espace d’un instant, j’aurai bien aimé être lui. Juste pour voir.
Un ami, pour vous tenir compagnie, ça vaut tous les films du monde (3D comprise).
Quand j’étais enfant, je pensais que le monde s’arrêtait au bout du jardin de ma grand-mère. Depuis, j’ai eu l’occasion de constater qu’au-delà de cette barrière chancelante sur laquelle on m’avait recommandé de ne pas m’appuyer, il y a quelques mètres de dénivelé, et un beau tapis d’herbes folles à l’arrivée. Mais la barrière n’a pas...
Une collection du Reader’s Digest en allemand, une reliure de Santé Magazine, une petite poupée réalisée entièrement à base de coquillages, un plan du métro parisien sur lequel figurent encore les stations “Champs de Mars” et “Croix-Rouge”, une lithographie signée Cristel et qui ressemble comme deux gouttes d’eau à du Breccia, des petits animaux en plastique qui...
Je porte le boxer-short d’un garçon qui faisait dix kilos de plus que moi. Il n’a aucune allure puisque, si je tire dessus, il remonte jusqu’au nombril, mais je le porte fièrement. Comme un trophée pris à l’ennemi.
Ma grand-mère aimait afficher ses photos favorites sur un pêle-mêle. Mes parents ont repris la tradition, et c’est maintenant tout un mur qui est couvert d’images. Et si la vie n’était qu’un grand dazibao ?
Deux semaines sans chaussettes. Deux semaines sans clé. Deux semaines sans fermer la fenêtre la nuit. Deux semaines sans aller chez Gibert Jeune. Deux semaines sans changer à Réaumur-Sébastopol. Et si c’était ça, les vacances ?
D’habitude, je dors à gauche du lit, et je m’endors sur le côté gauche. Ici, sans vraiment m’en rendre compte, je dors à droite et je m’endors du côté droit. Je m’attendrais presque à être réveillé par Big Ben.
Aujourd’hui, pour la première fois, il n’y avait pas d’insecte mort qui flottait à la surface du pédiluve. J’ai failli aller me plaindre auprès de la direction.
Chaque fois que je vois mon cousin, je n’ai pas le courage de lui poser la question qui me brûle pourtant les lèvres : être le sosie de Nate Fisher dans une ville de province pimente t-il une vie sexuelle ?
Ma mère soigne le moindre détail : c’est ce que je me suis dit en voyant que le sac en plastique qu’elle a donné au Grand Bonhomme pour qu’il mette son maillot de bain mouillé à la sortie de la piscine était griffé Bernard Loiseau.
Au grenier, mon père conserve un tableau qui représente son père. J’ai l’impression qu’il n’a jamais pu le voir en peinture.
Si, tel Bill Murray, je devais être coincé dans une journée qui recommence sans arrêt, celle qui vient de se terminer ne serait pas mal. Le fait que j’ai gagné trois fois de suite au Uno est strictement une coïncidence.
Il a onze ans de moins de moi, mais ça fait longtemps qu’il m’a dépassé au niveau taille. Il n’aime pas trop m’entendre raconter que je l’ai trouvé dans Pif Gadget : il préfère se souvenir qu’il a grandi dans le Morvan. Un sapin, c’est un copain pour la vie.
Rien n’a changé dans la piscine où j’ai appris à nager. Ni le carrelage blanc au sol, ni le bracelet en plastique qui indique le numéro du vestiaire, ni le banc qu’il faut descendre pour condamner la porte de la cabine. J’étais juste étonné d’avoir pied partout dans le petit bain.
Je passe tellement à côté de tout actuellement que je me demande comment j’arrive à rester moi-même. D’ailleurs je n’étais pas moi-même ce soir : c’est ce qui explique sans doute pourquoi j’ai complètement raté ma recette de galettes de pommes de terre. Ouf, je suis rassuré. Pour un peu, j’aurai presque cru que j’avais perdu la main.
Tous les matins, je la voyais accompagner son fils autiste. Les derniers mètres étaient les plus durs : il se mettait à crier et rebrousser chemin. Elle devait lutter pour qu’il franchisse le seuil de l’école, où un éducateur le prenait en charge. Je ne l’ai jamais vue perdre patience. Depuis que l’école a fermé ses portes, je pense à elle, en me disant qu’avec...
Les touristes sont toujours chez moi l’objet d’une fascination inépuisable. Pourquoi achètent-ils des polos systématiquement une taille trop grande ? Enlèvent-ils leurs lunettes de soleil pour dormir ? Pourquoi portent-ils des chaussettes blanches montantes en éponge ? Et surtout : que pensent-ils de nous quand nous venons chez eux ?
Le livre que je suis en train de lire est couvert d’annotations effectuées par son précédent propriétaire. Je n’ai jamais compris ce besoin de souligner ses passages préférés. Et j’aimerai bien voir l’état de ses disques, à celui-là.
Ça s’est passé l’été dernier. J’ai cru qu’ils allaient me relancer à outrance, et pour ne rien vous cacher, je n’attendais que ça. Mais je n’ai même eu la moindre nouvelle de leur part. C’est comme ça que j’ai arrêté de recevoir le programme TV, et par conséquence de regarder la TV. Je l’ai allumée à deux reprises : pour regarder les...
Je condamne la porte à double tour, je vérifie que les fenêtres du salon sont bien fermées et je tire les rideaux, je me lave les dents, je revérifie que j’ai bien fermé la porte, je me déshabille en silence dans le bureau, je tire les rideaux, je vais éteindre les veilleuses dans les chambres des enfants et je vais me coucher. Comme dirait Claude Barzotti, je suis rituel et je le reste.
En rentrant à pied, à la nuit tombée, j’ai vu des choses insolites. Mais rien autant qu’un curé en soutane attablé chez Quick.