fuckyeahphilippedumez


Texte

Oct 18, 2011
@ 8:55 am
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Ruminations : jour 16

Je parlais hier de recommencer des fanzines, mais depuis que je fais partie des abonnés de Bob Lefsetz, je rêve de reprendre une mailing-list. Bob est un donneur de leçon comme l’Amérique en compte plein. Il ne doute jamais de lui. Il a cette force de conviction et ce sens de la formule qui font les présidents. Mais le sujet de prédilection de Bob, c’est la musique. C’est l’un des derniers théoriciens de la question, capable de vous expliquer en huit points pourquoi l’album de Superheavy est un échec et en quoi la stratégie digitale de The Weeknd est exemplaire. Une anecdote au sujet de l’enregistrement de Sergent Pepper lui sert de point de départ pour un sermon sur le rôle des directeurs artistiques aujourd’hui. Il peut aussi soliloquer pendant des heures sur des sujets purement théoriques comme : “un artiste doit-il dire oui à tout ?”. Mais ce qu’on ne peut pas lui enlever, c’est son amour viscéral pour la musique. La grande tirade qu’il a consacrée à “Motel Blues” de Loudon Wainwright III est exemplaire. Il est aussi l’auteur d’un des plus beaux textes consacrés à Eels que j’ai jamais lu.

Ce qui est totalement sciant chez Bob Lefsetz, c’est qu’il poste tous les jours, voire même plusieurs fois par jour. Il n’est jamais avare au niveau texte. Des grandes tartines grillées, avec du beurre et de la confiture. Parfois, je me demande s’il existe vraiment et si sa newsletter n’est pas l’oeuvre d’un collectif qui signerait sous le même nom. Car le Lefsetz Letter existe depuis mai 2005. Quelques images de lui circulent : on peut notamment le voir se payer le pauvre Gene Simmons lors du Canadian Music Week. Avec son crane dégarni et sa carrure de bon vivant, il ressemble un peu Georges Constanza dans Seinfeld (il a à peu près le même débit que lui). Depuis que j’ai été converti à Bob, j’en ai déjà trop. Je ne lis pas tout parce qu’il finit par être épuisant. Mais j’envie sa curiosité. Et son amour des causes perdues, comme quand il avoue qu‘il s‘est pris d‘affection pour le quatrième album de Loggins & Messina après l‘avoir écouté en boucle au milieu d‘une tempête alors qu‘il était coincé dans sa voiture :

You see I kept the cassettes in the passenger seat, in cardboard Maxell boxes. And I had a whole technique, picking them up, perusing the titles while I soldiered on down the highway. Only at this point, I was afraid to take my eyes off the highway. So I kept on playing “Mother Lode”, over and over and over again.

J’aimerais bien être aussi productif de lui. J’aurais des avis sur tout. Je passerais ma journée rivée à mon clavier. Je perdrais mes cheveux. Et je serai invité au prochain Midem pour débattre avec Bernie Bonvoisin. Heu, finalement, peut-être pas…