Hier, au cinéma, j’ai sommé une adolescente d’arrêter de grignoter pendant le film. Je l’ai cueillie à la fin du générique, au moment où elle ne s’y attendait pas, et elle n’a pas moufté (C’était pendant “Prometheus”, un film qui n’ouvre pas complètement l’appétit non plus). Je ne prends aucun plaisir à faire montre d’autorité en public mais j’ai de plus en plus de mal à tolérer les atteintes quotidiennes au savoir-vivre. Dans la métro, actuellement, une campagne d’affichage en rappelle les grandes règles d’une manière totalement régressive, puisque les rustres sont représentés sous la forme d’animaux. Tout a été étudié pour que ces leçons ne soient absolument pas culpabilisantes : “Quand elle est à 86 Db, une confidence n’a plus rien de confidentiel”, “Qui salit un siège à l’aller risque au retour de se tâcher”… Chaque fois que je regarde ces affiches, j’ai l’impression de revoir le petit lapin en salopette qui risque de se faire pincer très fort qui était à la hauteur de mes yeux quand j’étais enfant.
Aujourd’hui, j’ai vu une femme d’une cinquantaine d’années manquer de se faire décapiter en glissant la tête entre les portes au moment de leur fermeture. Personne ne lui a fait prendre conscience du risque complètement inutile qu’elle venait de prendre. Quand la conductrice de la rame lui a rappelé que ce genre d’incident mettait également en retard l’ensemble des voyageurs, cette dernière a été prise à partie par certains d’entre eux, au motif qu’elle aurait dû retenir la fermeture des portes. Cet incident (heureusement bénin pour sa victime) a été riche en enseignement. Le message que les affiches ne sont pas arrivés à faire passer, c’est qu’il faut arrêter de penser que les règles, c’est fait pour les autres. C’est ce que je me disais quand j’ai vu quelqu’un cracher à plusieurs reprises sur le revêtement de la rame. C’est ce que je me disais aussi en endurant le fumet du kebab que mon voisin savourait en douce à la Cité de la Musique. C’est ce que je me disais encore quand j’ai vu quelqu’un allumer son portable en plein milieu de la séance pour consulter ses messages (C’était pendant “Adieu Berthe - L’enterrement de Mémé”, un film qui paradoxalement tourne en dérision la manière dont les téléphones portables empoisonnent notre existence). Je crois que pour aujourd’hui, j’en ai ma claque des gens. Alors je ne vais pas me faire prier pour aller voir ailleurs. Parce que la misanthropie me guette. Et que pour m’en guérir, j’ai bien peur qu’il faille bien plus qu’un petit lapin en salopette.