Je deviens de plus en plus paresseux. Au début, je téléchargeais tous les morceaux que je trouvais sur les blogs et je les rangeais dans des listes mensuelles. Je les nommais de manière très poétique, comme “octobre 2006” ou mars 2007”. Leur contenu dépendait un peu de mon assiduité sur les blogs en question : je pouvais me retrouver avec entre 10 et 50 morceaux à écouter par mois. Et puis sont apparues les mixtapes, établies par des bonnes âmes qui avaient pris le soin de faire le tri à ma place. C’était tellement plus facile que d’avoir à intégrer un par un les fichiers à ma bibliothèque. Et plus instructif : je tombais sur des titres qui sortaient du périmètre de ma curiosité, parfois avec beaucoup de bonheur. Jusqu’à ce qu’apparaisse Spotify. Avec Spotify, il n’y a même plus besoin d’aller télécharger des fichiers puisque d’autres bonnes âmes ont aussi pensé à constituer pour vous des listes d’écoute auxquelles vous pouvez vous abonner en un clic. Un seul clic. Le comble de la paresse. Je vois bien que, après m’avoir servi de référence pendant plusieurs d’années, je suis moins assidument les sélections mensuelles de Hartzine, Stereogum ou Captain Obvious. Par contre, je raffole des sélections de Claire Na. Claire Na ne tient pas un blog : elle poste juste des listes tous les mois, une trentaine de titres à chaque fois. Mais chacune de ses listes coincide de manière assez heureuse avec mon humeur du moment. Je me réjouis d’y trouver les nouveaux titres de groupes que je connais déjà autant que de découvrir des sons inédits. A sa manière, Claire Na attise mon attrait pour la nouveauté exactement comme Bernard Lenoir a pu le faire il y a 15 ans. Le média est différent mais l’esprit est le même. Je ne sais pas qui est Claire et je ne la rencontrerai probablement jamais (alors qu’il y a de grandes chances pour que nous nous croisions régulièrement dans des concerts). Mais je l’écoute en regardant la photo de son dos qu’elle a choisi pour illustrer son profil. Et le dos de Claire m’est plus familier que bien des visages.