Tenniscoats : Higa Noburu
Il y a quelques mois, il m’avait proposé de profiter de son appartement pendant son absence et j’avais spontanément accepté, sans savoir combien j’allais avoir besoin de me réconcilier avec le genre humain. Dès l’atterrissage, j’ai été agréablement surpris puisque l’aéroport était placé sous le signe du silence et qu’il était conseillé de suivre les consignes visuelles. Un aéroport sans bruit ? A l’image du pays que j’allais découvrir. Dans l’immeuble, en une semaine, je n’ai pas été dérangé par la moindre nuisance. Dans la rue, sans doute enchanté par le ballet des vélos, c’est à peine si j’entendais le ronronnement des voitures : je remarquais par contre qu’elles avaient toutes la politesse de s’arrêter deux mètres avant le début du passage clouté. Au restaurant, au café, dans les transports en commun : la paix, enfin. C’était encore possible. Même les utilisateurs de portable ne haussaient jamais le ton.
Du coup, il me semblait retrouver des plaisirs obsolètes. Le couinement de l’haloumi sous la molaire. Le froissement du plan qu’on déplie à chaque coin de rue. L’appel de la viennoiserie à la cannelle tout juste sortie du four. Le boniment du jean slim taille 31/32 bradé à 75%. Les vacances, les vraies, elles étaient là, à deux heures d’avion de Paris et vingt minutes de train express pour rejoindre le centre-ville (avec promotion spéciale sur les billets pour deux du 18/6 au 31/8).
Comme toujours, la qualité du silence me fait d’autant plus apprécier la musique. Aussi ce n’est pas un hasard sur le disque que j’ai le plus écouté est d’un dépouillement presque janséniste, avec une douceur pastorale qui n’est pas sans rappeler Vashti Bunyan. Le groupe s’appelle Tenniscoats. J’avais déjà eu l’occasion de le croiser sur une compilation du label Geographic et j’avais dans la foulée fait l’achat d’un mini-album dépourvu d’avenant. J’ai d’autant plus été surpris en découvrant Papa’s Ear qui est en tout point charmant et accessible. Je l’ai écouté aussi régulièrement que religieusement. C’était vraiment le disque de mes vacances. Au ralenti. Loin du boucan.